mercredi 8 février 2012

Aimé Césaire | Les origines du Nazisme...

Depuis le Clash d'hier à l'Assemblée nationale, on assiste à  l'inversion victimaire décrite par Variae. Une ficelle rhétorique simple mais efficace qui consiste à renverser la perspective et à présenter le coupable en victime. C'est l'axe choisi par l'UMP, Guéant & Cie.

La lecture de la lettre de Lecthimy chez Gaël fait penser à un autre texte, celui d'Aimé Césaire, Grande conscience noire, originaire de Martinique qui, en son temps s'exprimait ainsi sur les origines du Nazisme. 

Aimé Césaire | Les origines du Nazisme
   ” Il faudrait d’abord dire comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller au instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que chaque fois qu’il y a au Vietnam une tête coupée ou un œil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, ou un malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités de violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et ”interrogés”, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe et le progrès lent, mais sur, de l’ensauvagement du continent …

Et Alors, un beau jour, on est réveillé par un formidable choc en retour : les gestapos s’affairent, les prisons s’emplissent, les tortionnaires inventent, raffinent, discutent autour des chevalets. On s’indigne, on s’étonne.

On dit : ” … Bah. C’est le nazisme, ça passe ” , et on attend et on espère et on se tait à soi-même la vérité, que c’est une barbarie, mais la barbarie suprême , celle qui couronne, celle qui résume la quotidienneté des barbaries , que c’est du nazisme, oui mais qu’avant d’en être la victime , on a été le complice ; que ce Nazisme-là, on l’a supporté, avant de le subir, on l’a absous, on a fermé l’œil là-dessus, on l’a légitimé, parce que jusque-là, il ne s’était appliqué qu’a des peuples non européens; que ce Nazisme-là, on l’a cultivé; on en est responsable, et qu’il sourd, qu’il perce, qu’il goutte avant de s’engloutir dans ses eaux rougies de toutes les fissures de la civilisation occidentale et chrétienne … ”

Extraits de ”Discours sur le colonialisme”. Éditions Présence africaine, 1950

3 Expressis verbis:

GdeC a dit…

on ne s'est pas toujours compris ni apprécié, mais là je dis bravo. La précision historique est utile.

Bembelly a dit…

Ah bon?
Je croyais....

lejournaldepersonne a dit…

La civilisation expliquée à mon chien !
http://www.lejournaldepersonne.com/2012/02/la-civilisation/
- assis ! - couché !
- assis ! - assis !
- couché ! - assis !
- assez! C'en est assez ! Je suis fâchée ! Petit fasciste !
- je ne vais pas aller par 4 chemins...
- parce que TU crois qu'il y en a qu'un !
- détrompe-toi, il en a plusieurs
- tu n'es pas seul au monde... il n'y a pas qu'un seul monde... et si tu ne le crois pas c'est parce que tu es immonde.
- non, je ne suis pas vénère... tu es un berger... et si j'étais toi, je ne serai pas fier
- je n'aime pas te voir te comporter comme si tu étais au-dessus des autres...
- tu es un chien semblable à tous les chiens, tu les vaux tous mais n'importe lequel te vaut!
- pas la peine de remuer la queue... je désapprouve ta conduite, ta suffisante insuffisance.
- oui, tu as empêché tout le monde de dormir, en aboyant sur le chien de la voisine
- pour qui tu te prends? Pour qui tu le prends ? Pour un bâtard, c'est cela ?
- non... pas la peine de me faire les yeux doux... ni risettes... ni courbettes !
- si tu étais vraiment supérieur à lui, pourquoi tu lui abois dessus ?
- ça y est, je t'ai mis la puce à l'oreille : un supérieur ne peut en vouloir à un inférieur sauf s'il ne lui était pas vraiment supérieur ou que l'autre ne lui était pas vraiment inférieur.
- baisse les yeux... j'ai honte de toi... ça y est, j'ai compris... ce n'est pas lui qui te pose problème
- c'est parce qu'il s'est offert une femelle... et qu'à deux, ils vont faire plein de petits
- et qu'un ça va... c'est quand ils deviennent nombreux que ça ne va plus... c'est ça ?
- à bas les bâtards, mon berger allemand en a marre... et il aboie pour nous en faire part.
- sa chienne de vie, ne peut pas se réduire à la vie de n'importe qu'elle chienne
- il se sent bien élevé, bien dressé, bien domestiqué... que dis-je civilisé... la civilisation c'est son lobby
- il ne supporte pas les chiens sauvages, les rebelles à tout élevage.
- et si on inversait mon petit bonhomme, parce que je t'avoue que tu me rappelles les hommes
- et si on inversait cette fâcheuse tendance en se disant que les soit disant races pures sont autrement plus viles et plus serviles que les impures... qui sont plus proches de la vie et plus aptes à la garantir.
- on ne peut les asservir, ni les soumettre à nos petits délires.
Ils aboient quand ils ont faim... mais n'aboient pas pour faire les chiens.
- ah désolée, ce n'est pas le bâtard de la voisine qui te pose problème mais la voisine elle-même?
Pourquoi? Parce qu'elle le nourrit ?
Non! Parce qu'elle fait semblant d'ignorer qu'il y a d'autres chiens à nourrir.
- tu sais ce que tu es, mon chien-chien... une horreur de la nature... tout ce que tu mérites, c'est une piqure !

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